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Tennis et idéologie



Au moment où Serena Williams essaie d'égaler le palmarès – en simple – de Margaret Court, il serait peut-être bon de se remémorer un peu les résultats de cette fabuleuse joueuse australienne. Elle a réussi le grand chelem en simple à 29 ans, pendant l'Ère open, et un grand chelem en double mixte. Elle possède un palmarès bien plus étoffé que celui de sa grande ennemie, Billie Jean King. De plus, elle fut la première maman à remporter un tournoi du grand chelem, et une des rares joueuses à remporter tous les tournois du GC en simple, double dames et double mixte, pour totaliser 67 titres.

Il n'y a rien qu'une Serena puisse vraiment faire pour devenir la GOAT. Sauf que... Margaret Court, en tant que chrétienne pratiquante, n'a jamais eu honte de ses convictions, qui étaient la norme dans notre monde occidentale pendant la grande majorité de sa vie, et qui pourraient bien redevenir de règle dans quelques années. Et ces convictions, cette vision du monde, ne sont pas à la mode. Celles qui le sont -- pour de multiples raisons -- sous-entendent une efféminisation de l'homme, du vir, et une masculinisation de la femelle. La femme doit être plus forte, plus puissante que l'homme : car sans cette prémisse, il n'y a pas de matriarcat possible dans un système où les femmes rejettent l’enfant (ce ne peut donc pas être un « matriarcat » au sens propre du terme). De plus, un monde qui renie les vertus de la majorité pour les supplanter par les « valeurs » des minorités, finit forcément par rejeter la majorité même. La GOAT n'a plus le droit d'être belle, blonde, blanche.

C'est pour ça qu'une féministe proférait la niaiserie, il n'y a pas longtemps, que Serena Williams -- en dépit des bulles qu'elle s’est prises contre un joueur classé 200ième à l'ATP -- battrait Djokovic. Il faut admettre que le biceps de Serena est plus gros que la cuisse de Novak. C'est pour ça qu'on n’ose pas remarquer la puissance et la virilité paisible de Federer pour souligner sa grâce ; c'est pour ces raison qu'on essaie de dévaluer Nadal et Djokovic, qui incarnent, sans détours, le masculin, l’un par ses dépenses d’énergie physique, l’autre par ses débordements d'alpha mâle (souvenons-nous de la demi-finale de Rome en 2011, contre Andy Murray).

Comme dirait Benoit Maylin : « c’est pas un gentil, le Djoko. » Mais ce ne sont pas des danseurs de ballet non plus, les Federer, les Nadal, et c’est ce qui nous attire. Parce que nous non plus, on n’est pas des gentils, et on n’a pas le temps de parader du côté chocolat de la vie. Et bien que tout haut – on se la ferme, et on regarde stoïquement nos gosses se métamorphoser en une génération d’ânes bâtés – tout bas on se la ferme aussi et on tient encore le navire à flot tant bien que mal. Et quand on regarde le tennis, on sait très bien que les matchs ne sont pas la parade vide de nos dirigeants et de nos BHL, que les joueurs ne sont pas nés champions, mais qu’ils le sont devenus au prix d’immenses efforts, de pénibles sacrifices, ces mêmes sacrifices auxquels nous consentons pour devenir des hommes.

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Tennis and ideology

Now, when Serena Williams tries to match Margaret Court's records - in singles - it might be good to remind ourselves of the results of this fabulous Australian player. She won the Calendar Grand Slam at age 29, in the Open Era, and a Grand Slam in mixed doubles. She has a much longer list of achievements than her great enemy, Billie Jean King. In addition, she was the first mummy to win a grand slam tournament, and one of the few players to win all GS tournaments in singles, doubles and mixed doubles to total 67 titles.

There is nothing that a Serena can really do to become the GOAT. Except that ... Margaret Court, as a practicing Christian, has never been ashamed of her beliefs, which were the norm in our western world for most of her life, and may well become the rule in a few years. And these convictions, this vision of the world, are not in fashion. Those that are - for many reasons - imply an effeminization of man, the roman vir, and a masculinization of the female. The woman must be stronger, more powerful than the man: without this premise, there is no matriarchy possible in a system where women reject children (so it can not be a "matriarchy" in the true meaning of the word). Moreover, a world that denies the virtues of the majority and supplants them with the "values" of minorities, inevitably ends up rejecting the majority itself. The GOAT no longer has the right to be beautiful, blonde and white. 

That's why a feminist asserted, not long ago, the inanity that Serena Williams - despite the bagels she got against the 200th ranked ATP player - would beat Djokovic. It's true that Serena's biceps are larger than Novak's thigh. That's why we do not dare to notice Federer's power and virility to emphasize his grace; it is for these reasons that we try to devalue Nadal and Djokovic, who incarnate, without detours, manhood, one by his physical energy expenditure, the other by his alpha male behaviour (remember the semifinal of Rome in 2011, against Andy Murray). 

As Benoit Maylin would say, "He's not a nice guy, Djoko." But the Federer, the Nadal are not ballet dancers neither, and that's what attracts us. Because we, too, are not nice people, and we do not have time to parade on the chocolate side of life. And when we have to say it out loud - we shut up, and we stoically watch our kids turning into a generation of morons - and deep inside, we also keep quiet and try to keep the ship afloat. And when we look at tennis, we know very well that the matches are not the empty stage play of our leaders and our ideologues, that players are not born champions, but that they became it at the cost of immense efforts and painful sacrifices, those same sacrifices we do to become human beings.

Commentaires

  1. Moui, je trouve que tu vas trop loin.

    Est ce qu'à l'époque des affrontement entre Lendl et McEnroe, les gens soutenaient Mac parce qu'il était l’expression de l'effacement de la virilité, à une vile propagande féministe, à la crevette androgyne face au mâle dominant ?
    Ou parce qu'il correspondait à une certaine idée du tennis, celle d'un sport pour génies, pour l'upper class qui sera plus facilement séduite par l'inné que par la puissance acquise par l'effort et la sueur ?

    Tu trouves "qu'on n’ose pas remarquer la puissance et la virilité paisible de Federer pour souligner sa grâce", et tu interprètes cela au travers d'une espèce de guerre des sexes..
    Alors qu'on pourrait tout aussi bien y voir la lutte de la bourgeoisie et du prolétariat.

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  2. Je parle vraiment en connaissance de cause. D'abord, au temps de JMac, de Lendl, ce n'étaient pas des questions qui se posaient. On était pour JMac parce qu'il était Américain, et contre Lendl qui était Tchèque. En 1980, le tennis servis/volée n'avait rien d'élégant, et on était plutôt épaté par le lift du fond de court. S'il avait question de style de jeu, personne n'aurait jamais regardé Borg.

    La déconstruction de la famille et de la société est un procès qui a pris un tournant important pendant les années 90, pour arriver à une ampleur jamais vue à présent.

    Ce n'est pas une bataille de sexes : c'est le combat de divers lobbies minoritaires contre la majorité, des « valeurs » contre les vertus. On n'a qu'à prendre les résultats de divers recensements, et la corrélation entre la natalité, les divorces, la population lesbienne et pédéraste et la délinquance est visible comme un nez sur le visage.

    Ce n'est pas la lutte de la bourgeoisie et du prolétariat : les communautarismes de tous types sont là justement pour atténuer cette lutte. Aujourd'hui, le prolétariat vote à droite, la bourgeoisie à gauche.

    Finalement : ceci est un billet de blogue, un pastiche. Que veut dire « aller trop loin » dans ce contexte ? Être subjectif reste mon droit.

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